Savoir-faire
Longtemps cantonnée à la fonction de “cantine”, la restauration d’entreprise devient aujourd’hui un levier d’attractivité et de fréquentation des bureaux.
Expérience, flexibilité, qualité, responsabilité : le déjeuner s’impose comme un moment stratégique. Point de vue partagé par Jules Harel Leprince, directeur du développement B2B du groupe Deleev, en charge de l’offre Frichti à destination des entreprises, et Émilie Dupont, responsable de la gestion des services sur le patrimoine de bureaux de Gecina.
Émilie Dupont : La restauration est considérée comme l’attente N°1 des usagers de bureaux. Le RIE reste indispensable pour servir des grands volumes de repas, mais il doit se réinventer et se rapprocher des codes de la restauration commerciale. Le modèle classique s’essouffle. Les collaborateurs veulent pouvoir choisir entre manger en 10 minutes un jour, partager un temps de convivialité le lendemain, découvrir une nouvelle cuisine un autre jour. Ils veulent aussi des prix attractifs et un espace dans lequel ils auront plaisir à rester.
Jules Harel Leprince : Nous observons très clairement les mêmes évolutions dans les usages. Aujourd’hui, ce qui fonctionne, c’est une offre qui se renouvelle chaque jour, avec des thématiques culinaires variées, des produits frais, locaux, sans conservateurs, et surtout plusieurs formats de service capables de s’adapter aux différents rythmes de la journée.
Le rôle du restaurant d’entreprise est précisément de répondre à cette diversité d’usages.
C’est d’autant plus important que les salariés ne sont plus des clients captifs, notamment depuis la généralisation des titres restaurant. Aujourd’hui, un RIE doit être capable de rivaliser avec l’offre commerciale du quartier, voire de faire mieux.
La différence doit se faire à la fois sur la qualité de l’expérience et du repas, mais aussi sur ce qui fait l’ADN du restaurant d’entreprise : des prix attractifs, proches de ceux de la restauration collective, afin de préserver la dimension sociale du repas
Jules Harel Leprince : Notre concept, “La Cafet’Frichti”, repose sur un modèle hybride alliant attractivité culinaire et modularité des usages, rendu possible par le déploiement de plusieurs services complémentaires.
Le premier service est un click & collect dédié au restaurant. Les usagers commandent le jour même, à partir de 11h, via notre application. Ils choisissent leur créneau de déjeuner – express (moins de 5 minutes) ou programmé – paient en ligne, puis récupèrent leur commande nominative à l’heure choisie dans une bibliothèque de retrait dédiée.
Chaque jour, une trentaine de recettes différentes, renouvelées quotidiennement, sont proposées afin de garantir variété et absence de lassitude.
Le second service, proposé exclusivement en service assisté, vient enrichir l’expérience. Il se décline en deux offres complémentaires :
Le Salade-Bar, ultra frais, inspiré des codes des enseignes retail spécialisées du secteur
La Bulle Chaude, qui propose des plats de chef servis à l’assiette, offrant une alternative plus bistronomique.
Le troisième service permet d’animer l’immeuble tout au long de la journée : il s’agit d’un coffee shop théâtralisé et animé, opéré par une équipe de baristas. L’offre évolue au fil de la journée : viennoiseries le matin, offres sur le pouce à midi, puis pâtisseries l’après-midi.
Le café proposé est un café de spécialité, dont l’origine change chaque mois afin de valoriser différents terroirs. La carte de boissons s’inscrit dans les nouvelles tendances, avec notamment des boissons saisonnières, des boissons végétales premium (matcha, chai, ube latte), des laits végétaux, ainsi qu’une sélection de sirops et toppings.
Enfin, un large catalogue de prestations traiteur et événementielles est proposé afin d’accompagner les entreprises dans l’ensemble de leurs besoins, sur site comme en extérieur.
Émilie Dupont : Notre approche repose sur l’expérimentation de modèles alternatifs et mesure des résultats. Plus l’offre est en phase avec les attentes de nos locataires, plus la fréquentation augmente, et plus le modèle économique devient viable pour les entreprises, les occupants et nous, Gecina, en tant que bailleur. La restauration est bien plus qu’un service. C’est le socle de la qualité de vie au bureau.
Nous cherchons donc à bien comprendre les besoins des usagers, puis à mettre en place la solution appropriée. Un site accueillant 800 couverts n’appelle pas la même réponse qu’un siège social de 200 personnes.
Cela fait déjà 5 ans que nous installons des frigos connectés ou des bars à salades dans nos immeubles. Aujourd’hui, nous accélérons et notre partenariat avec Frichti illustre bien cette volonté. Sur les grands ensembles immobiliers, nous développons des Food Courts. Le concept ? Plusieurs stands thématiques, avec parcours digitalisé et réservation sur smartphone.
L’espace joue également un rôle clé.. Fini le réfectoire en sous-sol cantonné au créneau 12h-14h. Les restaurants vivent toute la journée, deviennent modulables et s’ouvrent aux rooftops… Le temps moyen passé à table atteint désormais une heure, preuve que ces lieux favorisent aussi les échanges informels et le travail transversal. Des animations renforcent la dynamique par l’invitation de chefs sur place et des dégustations par exemple. Ce sont des petites touches qui font toute la différence.
Jules Harel Leprince : Côté animations, nous travaillons en étroite collaboration avec le manager sur site, à des moments clés de l’année, à Noël, Halloween, la Journée de la femme ou la Saint-Patrick. Nous aimons faire interagir les collaborateurs à travers des jeux concours et des quiz.
Émilie Dupont : Nous imposons à nos partenaires un cahier des charges stricts, qui inclut 100 % de viandes françaises, dont 60 % labellisées, 90 % de poissons frais, 90 % de fruits et légumes, au moins 20 % de produits bio, 100 % de café équitable…
Sur le gaspillage, le fait de produire dans une cuisine centrale, de livrer le matin en quantités ajustées aux commandes passées, permet de piloter les stocks et de limiter considérablement les pertes par rapport à un RIE traditionnel qui prépare un peu à l’aveugle.
Jules Harel Leprince : Les collaborateurs veulent aujourd’hui savoir ce qu’ils mangent. C’est pourquoi nous faisons le choix d’une transparence totale, en affichant clairement les origines et les labels des produits directement sur nos comptoirs.
Par ailleurs, nous veillons à limiter au maximum le gaspillage alimentaire. Grâce à notre outil technologique dédié, nous pouvons ajuster très finement les volumes préparés en fonction de la demande. Les éventuels invendus sont ensuite proposés sous forme de paniers anti-gaspillage dès 14h30, avec des réductions supplémentaires à l’approche du week-end. Nos cuisines centrales contribuent également à cet engagement en redistribuant si nécessaire au tissu associatif local.
Pour les clients les plus engagés, l’offre click & collect peut être proposée en contenants 100 % réutilisables, permettant de réduire significativement le recours aux emballages jetables, qui restent par ailleurs recyclés et recyclables.
Enfin, notre démarche s’étend également à la logistique : les livraisons sont réalisées en triporteurs, vélos et camions fonctionnant au biogaz, afin de limiter au maximum notre empreinte environnementale.